Conclusion du débat  sur la 5G
Conseil municipal du 20 mai 2021 (1)

Conseil municipal plutôt agréable : la liste de droite de F. le Bohellec a explosé en trois groupes qui se détestent cordialement, et quand elle ne se résout pas à voter les sages propositions de la majorité, ces groupes se dispersent systématiquement en « pour » , « contre et « abstention ». En général le groupe de Mme Ouchard et de MM. Tounkara et Mimran vote avec nous sur les questions de politique sociale, le groupe de Mme Arlé et de M. Badel avec nous sur les questions de tranquillité publique, et ce qui reste du groupe de M. le Bohellec s’enferme dans une opposition morose.

Avant le début de la séance, une heure de débat « hors conseil » sur le problème des nouvelles émissions « 5G », qui viennent s’ajouter aux radiations qui servent jusqu’ici la téléphonie mobile. L’alerte avait été donnée par les habitants du Lion d’Or, particulièrement exposés à de puissantes antennes, avant même l’installation des nouvelles antennes 5G. Mais comme une municipalité n’a aucun pouvoir sur la 5G (c’est de la compétence exclusive de l’État), il a fallu se contenter à Villejuif d’organiser un débat public (en audiovisuel) que vient conclure le débat de ce soir.

Pour ouvrir le débat, la déléguée à la démocratie numérique, Malika Kacimi (socialiste), rappelle d’abord que le moratoire que nous avions néanmoins décidé jusqu’au rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a été respecté à Villejuif grâce à un accord avec les opérateurs, 3 médiateurs seront financés par le Plan de relance, des instruments de mesure achetés, et un observatoire de l’exposition des Villejuifois aux radiations créé.

 

Le point de vue des experts

 

La parole est d’abord aux officiels. Le représentant de l’Anses confesse tout simplement qu’on ne sait rien, faute de recul, sur les nocivités supplémentaires que pourraient apporter les bandes d’émission en 5G autour de 3,5 Gigaherz, mais qu’on ne pense pas que cela apportera des soucis supplémentaires, et qu’on en sait encore moins sur les effets de la future gamme à 26 GHz (aux rayons donc 8 fois plus « brûlants »). « On verra quand ce sera installé » !

[Les Ghz sont des mesures de fréquence des ondes électromagnétiques. Plus la fréquence est grande, plus le photon (le corpuscule qui la porte) est énergique et peut donc « bousculer » le fonctionnement du corps et du cerveau humain, qui sont eux-mêmes des assemblages de particules électriquement chargées – les ions — connectées par des courants électriques.  Tout le monde sait que les rayons les plus énergiques, les rayons gamma, tuent, que les rayons X (à moins haute fréquence) provoquent à la longue des cancers, ainsi que les rayons utraviolets, qu’il faut se protéger la peau des rayons du soleil, qu’on peut chauffer un plat avec des micro-ondes, mais que les rayons à basses fréquences comme ceux de la radio-télévision sont apparemment inoffensifs, et que tous les humains n’ont pas la même sensibilité  aux coups de soleil… Les rayons de la téléphonie mobile sont de fréquences entre les rayons visibles et les ondes radio, et depuis des années les médecins se disputent sur la réalité des dommages qu’ils causent au corps et au cerveau, tandis que les malades « électrosensibles » obtiennent des indemnités dans certains pays. Le rapport de l’Anses dit simplement qu’on en sait encore moins sur les rayons de la 5G.]

Le représentant de l’Arcep (l’agence de répartition des fréquences utilisées par les médias ) vante, lui, les merveille technologiques qui deviendront accessibles par la 5G.

Un sociologue, spécialiste de questions éthiques (de morale publique) rappelle que ce sont les opérateurs de réseaux (Orange, SFR, etc) qui poussent à la consommation de la téléphonie mobile, et pas une demande sociale préalable : on s’habitue à regarder des films sur son portable, on n’y aurait pas songé avant. Or ces émissions consomment de l’énergie, c’est pourquoi la Convention sur le climat a souligné que le déploiement de la 5G va encore aggraver le péril climatique. Et comme d’habitude, tout sera lancé avant qu’on ait pu expertiser les conséquences sociales et environnementales…

 

Le point de vue des Villejuifois

 

La parole est ensuite aux citoyens. D’abord à l’association Agir à Villejuif, spécialiste des risques industriels, qui a effectué les premières mesures de l’exposition des Villejuifois aux rayonnements. Elle rappelle le rôle des lobbys dans le déploiement de la 5G, signale les sites internet qui recensent les études sur les risques sanitaires et environnementaux des rayonnements, rappelle qu’en tout état de cause, le déploiement de la 5G ne fera qu’ajouter des ondes à celles qui existent déjà et dont on ne fait que découvrir peu à peu la nocivité.

Puis, le Collectif de la rue Louise-Michel, le premier à avoir donné l’alerte à notre municipalité, souligne que l’immeuble qui les arrose porte déjà 10 antennes, qu’Orange va en rajouter 2 et SFR  trois autres ! Et que les compagnies d’assurance refusent d’assurer contre les dégâts à venir.

Le représentant de l’Arcep se fâche : « Je suis ingénieur ! C’est plus compliqué que vous ne le croyez ! Les ondes des émissions ne s’additionnent pas, elles peuvent même s’annuler ! »

[Que les ondes « ne  s’additionnent  pas simplement », c’est exact, comme le savent les électroniciens : deux ondes de même fréquence peuvent effectivement s’annuler… si elles sont exactement « en opposition de phase ». Mais suggérer que les émissions 5G pourraient ainsi effacer les ondes de la 4G ou de la 3G est tout simplement grotesque. Monsieur l’ingénieur semble considérer que les habitants de la banlieue sont des ignorants. Beaucoup sont pourtant ingénieurs ou chercheurs, y compris dans la salle…]

 

Les positions des groupes municipaux et notre intervention

Malika Kacimi donne la parole aux groupes municipaux.

Elles sont assez prévisibles. Le représentant du PCF (Antonin Cois) dénonce le caractère capitaliste et sécuritaire des usages de la technologie. Le représentant de Génération.s (Philippe Meyne) a calculé le nombre effrayant de centrales nucléaires nécessaires pour faire fonctionner tous les serveurs de téléphonie du monde. Mme Ouchard n’en a pas discuté dans son groupe. Et M. Zulke, pour le groupe de F. le Bohellec, affirme que les bénéfices humains de la 5G seront gigantesques, et que les ingénieurs de l’Arcep ne peuvent avoir été influencés par les opérateurs de téléphonie mobile…

C’est naturellement le représentant de Villejuif-Écologie, Thierry Duboc, qui dresse le bilan le plus complet, et, puisque l’État impose cette nouvelle technologie sans débat démocratique, suggère la seule voie possible : la résistance civique. Que chacun ait le civisme de ne pas utiliser la 5G, et utilise la téléphonie mobile avec sobriété.

« Le groupe des élus Villejuif Ecologie/EELV a déjà pris parti contre le déploiement incontrôlé de la 5G dans sa tribune dans VNV en décembre dernier. 

Pour reprendre le titre d’une autre tribune publiée, elle, par 500 scientifiques dans Libération, le 1er mai dernier, et intitulée « Boycottons la 5 G » https://bit.ly/2T2oihX , je rappelle quatre raisons pour lesquelles nous estimons que cette technologie est une folie que nous devons combattre de toutes nos forces.

1 – Au plan sanitaire

La 5G déployée actuellement et sur laquelle l’ANSES se veut rassurante, porte sur une bande de fréquences autour de trois Gigahertz et demi ; c’est une sorte de super 4G. Mais dans deux ou trois ans on nous annonce l’introduction du 26 GHZ, qui constituera un changement de nature. Les études n’ont pas été menées sur ces nouvelles fréquences et l’ANSES reconnait que « les données ne sont pas suffisantes pour conclure à l’existence ou non d’effets sanitaires liés à l’exposition aux champs électromagnétiques dans la bande 26 GHz ». Donc l’incertitude demeure entière en matière de risque sanitaire, mais le déploiement continue !

2 – Au plan environnemental,

La 5G accélère le saccage de la planète. Le GIEC a rappelé qu’il nous reste sept ans de budget carbone pour rester en dessous de 1,5°C de réchauffement climatique. Il est donc complètement déraisonnable de déployer une technologie qui n’est pas compatible avec une transition vers un monde durable.

3 – L’extraction minière nécessaire pour fabriquer les nouveaux gadgets technologiques a, dans certaines régions du monde, des conséquences dramatiques. Outre les dégâts sur les écosystèmes, des hommes, des femmes et même des enfants travaillent dans des mines sans protection, pour un salaire de misère. C’est parfois dans des conditions d’esclavage moderne que des humains meurent pour que d’autres croulent sous les objets connectés énergivores, qui ne répondent à aucun de nos besoins fondamentaux.

4 – Un choix de société

On veut nous persuader que la balance ou la poubelle connectée font partie des objets indispensables ! On vante le fait que la 5G permet de se connecter à « dix fois plus d’objets ». Le déni de l’ampleur de la catastrophe climatique et écologique et la foi aveugle dans le progrès technologique nous entraînent droit dans le mur.

Conclusion : Que peut-on faire à notre niveau, individuellement et collectivement à Villejuif ?

  • Individuellement, nous pouvons boycotter et appeler à boycotter autour de nous les produits liés à la 5G en faisant valoir que la fibre est une très bonne alternative. Si l’on vous incite à passer au téléphone ou forfait 5G, même pour un prix modique, dites non ! Si un collègue part en retraite, offrez-lui autre chose qu’un casque 5G ! Choisissez de l’électroménager non connecté. N’achetez pas de drone 5G à un enfant. Bref, continuez à vivre sans 5G, comme maintenant.
  • Enfin la mairie de Villejuif, même si elle n’a pas la capacité juridique de s’opposer à l’installation des antennes 5G, peut refuser que celles-ci soient installées sur des bâtiments publics ou des logements sociaux.

Je vous remercie. »

 

******

Le compte-rendu du conseil municipal du 20 mai 2021 est en 3 articles :

1. Conclusion du débat  sur la 5G

2. Le débat sur la police minicipale

3. Comptes de 2020 :la ville commence à se désendetter.

 

 

 

 

 

 

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